Le W2 … c’est quoi exactement ?

Publié le par Satyre

By Carole Pither

Chapeau W2

Ce nom de code est une abréviation pour « Wrecks and Walls » (épaves et tombants en anglais). Il cache une semaine de plongées profondes pour plongeurs expérimentés et « tekkies » débutants.


Soyons clair dès le départ : avant de participer au W2 2010, j’ignorais tout de la plongée technique. Mes interrogations quant à mon âge, ma condition féminine et une certaine brouille avec les mathématiques ont vite été balayées par Laurent Petitjean, organisateur de l’expédition, qui m’assura dès notre premier échange de mails que tout était beaucoup plus simple qu’on ne pouvait le croire.

W2 - Laurent Petitjean
Laurent

Laurent Petitjean a commencé à organiser des séjours pour une dizaine de plongeurs tech en mettant une annonce sur le forum de plongeur.com parce qu’il ne trouvait pas son bonheur dans les plongées organisées par des clubs ou des centres où les niveaux étaient mélangés. Devenu instructeur Trimix TDI, mais n’ayant pas de structure attitrée, il propose maintenant des formations pendant le W2 pour ceux qui veulent essayer le Trimix.

Petite parenthèse : le Trimix est un mélange d’oxygène, d’azote et d’hélium qui permet, après une formation adaptée, de plonger en sécurité à de grandes profondeurs en évitant la narcose et la fatigue. Génial, non ? Il faut être au minimum niveau 3 Nitrox avancé et bien-sûr, on doit présenter ses cartes et son certificat médical pour participer au W2 !

W2 2010 - Jean-Luc
Jean-Luc

Deux mois avant la date du départ Laurent demande aux membres inscrits une présentation par mail et, nous suggère d’apporter de quoi alimenter l’apéro du soir, de préférence du solide, parce qu’on a faim après les plongées et d’éviter l’alcool qui n’est pas compatible avec des profondes à répétition.

W2 2010 - Les tekkies
Les tekkies

Je commence à m’inquiéter : les autres semblent être beaucoup plus jeunes et expérimentés que moi et utilisent des termes barbares comme trimix, bidouze et hypoxique. Puis vient la question de nos besoins en matériel.
Comment savoir ce qu’il faut quand on ignore tout du sujet ? 
J’explique mon problème à Laurent, qui, comme tout bon instructeur, me dit de ne pas me prendre la tête avec ça. Il me conseille d’utiliser une combi étanche parce qu’on va rester environ une heure dans l’eau à chaque plongée et que la Méditerranée n’est pas très chaude au printemps – mais si je veux garder mon humide, ce n’est pas un problème. Par contre il me faudra absolument un timer, ou profondimètre électronique, parce que mon ordi va se mettre en erreur s’il n’est pas programmable aux mélanges; une ardoise; un dévidoir avec au moins 50 mètres de fil, un parachute orange à soupape et un parachute jaune. Pour le reste, j’emmènerai mon sac de plongée habituel et on verra bien.

W2 2010 - Tom
Tom

Les mails de Laurent se font de plus en plus fréquents : des détails pratiques sur le transport et les logements (ne pas oublier son sac de couchage) ou nos besoins en blocs déco (décompression). Ce dernier point me laisse un peu perplexe. J’ai bien vu des photos de plongeurs tech avec une quantité de bouteilles attachées sous chaque bras, mais je ne m’imagine pas dans cette configuration !
En fait, si, et c’est bien en partie pour cela qu’il faut une formation. Puis je reçois un joli pdf d’une centaine de pages intitulé : Cours théorique Trimix Normoxique Elémentaire. Waouh ! Un peu hésitante je parcours les premières pages, mais cela semble clair et bien moins rébarbatif que le titre ne le laisse supposer.

W2 2010 - Jean-Philippe et LaurentJean-Philippe et Laurent

Enfin le grand jour arrive où je retrouve les autres membres de « l’expédition » sur le quai du port de Cavalaire-sur-mer (83) devant le Maeva, le bateau d’Arnaud Niel, directeur du [1]centre Eau Bleue.

W2 - Le bateau, Maeva
Maeva, le bateau

Tous, sauf Olivier qui préfère dormir à l’hôtel, sommes logés dans une résidence à proximité – mais rien à voir avec les mini-studettes de montagne – nos trois studios ont une jolie cour fleurie, un séjour, une chambre et deux ou trois grands lits.
Les autres participants du W2 sont Jean-Philippe qui plonge en recycleur ; Patrick, jeune retraité très doué dans la préparation du rhum arrangé ; Jean-Luc, le premier tekkie sénégalais ;Thomas, souriant antiquaire parisien ; Bertrand dont les talents culinaires nous ont régalés ; Harold, champion toutes catégories du tripotage de matériel de plongée et bien-sûr, Laurentqui gère la bande avec humour et discrétion.

W2 - équipe 2010
Le W2 2010 - De gauche à droite : Harold, Carole, Olivier, Laurent, Jean-Luc, Tom,
Jean-Philippe, Patrick et Bertrand.

Ce qui me frappe, c’est le matériel. Non seulement il y en a partout, mais il est démonté, bricolé, adapté, bichonné et fait l’objet de discussions interminables sur ses mérites ou ses démérites. Je me rends compte que le contenu de mon sac de plongée n’est pas à la hauteur. D’ailleurs, Harold me prête immédiatement un dévidoir parce que je n’ai pas acheté celui qu’il fallait !

W2 - Matériel
Du matos…

Le matin, doux réveil à l’odeur du jasmin. Café et tartines au studio de Laurent, Harold et Jean-Philippe, désigné salle à manger commune. On se répartit dans les voitures pour se rendre au port avec le matériel, car on ne peut rien laisser de visible à bord du Maeva. Arnaud arrive avec les blocs dans sa camionnette et instantanément le quai se transforme en étalage/atelier de centre de plongée.

W2 - Matériel
Arnaud avec la camionnette chargée à bloc !!

Chacun doit analyser ses blocs Trimix, Nitrox et Oxygène, en faisant TRÈS attention avec l’analyseur d’hélium parce que ça coûte TRÈS cher, comme Arnaud ne cesse de nous le répéter.

W2 - Analyse des blocs
Analyse des blocs

J’avais déjà appris à analyser une bouteille lors de ma formation Nitrox, alors rajouter un gaz supplémentaire ne me semble pas très compliqué ; c’est juste une question de rigueur. Comme écrire son « run-time » sur l’ardoise qui se porte au poignet. C’est un tableau de chiffres qui indique l’heure précise à laquelle on doit quitter une certaine profondeur pour remonter à la suivante, quand il faut changer de bouteille et combien de temps il faut rajouter si un des gaz manque. La première fois, ça fait tout drôle et je n’ai pas tout maîtrisé, mais une fois que l’on a compris le mécanisme c’est super simple.

W2 - Matériel
… Encore du matos !!

Tout est bien organisé – on ne monte pas à bord tant que Françoise, La Patronne, ne donne pas son accord - et le matériel se range en ordre décroissant du départ des palanquées.
Tout le bateau est pris par le W2, donc c’est nous, Arnaud (et la météo) qui décidons où nous allons plonger et nous partons quand tout le monde est prêt.

W2 - Arnaud Niel à la barre
Arnaud à la barre

Pas de stress, juste une excitation croissante plus on s’approche du départ et de ces épaves et tombants si convoités. Côté pratique, Arnaud rajoute une sangle avec un anneau d’accrochage à ma bouteille de 15 litres pour me permettre d’utiliser mon stab habituel, mal équipé pour porter deux bouteilles déco, et ça marche parfaitement. Harold bricole toujours, entre le quai et le bateau. Et enfin nous prenons la mer.

W2 - Harold bricole
Harold qui bricole

Les stagiaires doivent assimiler quelques automatismes lors des premières plongées : apprendre à gonfler et à envoyer un parachute à soupape et utiliser le dévidoir. Rien à voir avec la saucisse que l’on envoie en plongée loisir !

La plongée tech est une affaire de précision. Lorsque l’on a prévu de passer 20 minutes à 54 mètres (parce que l’épave du Togo s’y trouve) on ne dépasse pas 20 minutes à 54 mètres, même si l’on a trouvé un super truc à voir.
On gonfle son parachute orange, et Arnaud, en surface, sait exactement où nous sommes, et dans combien de temps on va remonter parce qu’il dispose du même « run-time » que nous.

W2 - Run-time

En fait le parachute jaune doit uniquement être utilisé pour signaler un problème de gaz, c’est pour cela qu’il en faut deux.
Le dévidoir sert à rembobiner les 50 mètres (ou plus) de fil au fur et à mesure de notre remontée et il faut le tenir d’une certaine façon pour éviter de faire rentrer de l’eau dans sa combi étanche. Tout s’apprend !
On regarde son ardoise et son timer, et à la minute indiquée on remonte au palier suivant. A trente mètres on commence à respirer sur son bloc de Nitrox 40%, puis à 6 mètres on passe à l’oxygène pur.
La remontée, bien-sûr en fonction de sa profondeur, dure une demi-heure en général, mais on ne s’ennuie pas du tout !

[2] W2 - Tom  [3] W2 - Tom

Tom a plongé dans le port de Cavalaire pour récupérer une lampe qui était tombé du quai.

Il fait beau, il fait chaud, nous sommes loin du bureau et du téléphone. Nous sommes entre gens qui se comprennent, qui se respectent, qui partagent la même passion pour la plongée profonde et pour la plupart du groupe, pour le matos.

W2 - Mérou

Le midi, nous pique-niquons sur le quai. Laurent a comme d’habitude tout prévu : pâté, jambon, charcuteries, fromages, fruits, puis le café, que nous prenons au Bar des îles tout proche.

W2 - Mostelle

Entre les deux plongées de la journée, Arnaud regonfle les blocs, généralement avec les mêmes mélanges que le matin. Ce qui est fabuleux avec la plongée tech c’est que le matin on peut approcher des langoustes qui se promènent tranquillement sur le fond à 65 mètres (parce qu’elles n’ont jamais vu de chasseurs !), puis admirer les gorgones qui ornent la très belle épave du Togo (54 mètres) l’après-midi.

W2 - Rubis

Pendant le W2 2010 nous avons plongé deux fois sur cette épave, un cargo qui a été coulé en 1918 ; la deuxième fois Thomas nous a filmé.

L’ambiance du W2, loin d’être celle d’une colonie de vacances ou d’une croisière achetée chez un voyagiste, est plutôt celle d’une rencontre intéressante entre plongeurs expérimentés, ouverts à de nouvelles expériences et prêts à essayer de nouveaux matériels.

W2 - Retour au port
Retour au port - De gauche à droite : Tom, Olivier, Carole, Laurent,
Bertrand et Jean-Philippe. Devant : Jean-Luc.

C’est un groupe hétéroclite lié par une passion commune. Dans notre groupe, presque trente ans séparaient le cadet du doyen mais personne n’accordait d’importance à l’expérience ou à la supériorité de l’équipement de l’un ou de l’autre – sauf le jour où Andrea est venu plonger avec nous. Andrea l’Italien, propriétaire de trois centres de plongée et de magasins à Rome dont l’équipement nous a tous fait franchement baver ! Même Harold !

W2 - Andrea, l’italien super-équipé !
Andrea, l’italien superéquipé !

 

Infos pratiques :
Si vous êtes tenté par le W2, surveillez le site de [4] Laurent Petitjean ou le forum de plongeur.com pour l’annonce du prochain.
Sans compter le transport, la semaine vous reviendra à 800-1000 €.
Une formation Trimix à 300 €.
Un « Pack W2 » comprenant les 14 plongées, le gonflage air et l’oxygène pour la décompression + le textile (polo + polaire cette année) = 540€ (tarif 2010).
A cela il faut ajouter le prix des gaz (Hélium et Oxygène). Là ça dépend de chaque plongeur. Compter entre 200 et 400€ en fonction des plongées (plus on descend, plus on met d’hélium et plus c’est cher…).
Logement : Si on partage des studios, il faut compter 400€/studio/semaine.
Location de matériel ou de scooters en plus.

 


Article imprime depuis Plongeur.com: http://www.plongeur.com/magazine

URL de cet article: http://www.plongeur.com/magazine/2010/08/09/w2-wrecks-walls-petitjean-plongee-tech/

URLs in this post:
[1] centre Eau Bleue: http://www.plongeecavalaire.com
[2] Image: http://www.plongeur.com/magazine/wp-content/uploads/2010/07/tom.jpeg
[3] Image: http://www.plongeur.com/magazine/wp-content/uploads/2010/07/tom_plonge.jpeg
[4] Laurent Petitjean: http://nitrox21.over-blog.com/

Publié dans Tek

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article