Week-End dans le Lot avec Pascal Bernabé

Publié le par Satyre

  La Justice  

Du fait de la législation française, le Code Du Sport, et de la non reconnaissance des professionnels issus des agences de certifications du RSTC, organiser des séjours de plongée en France mais surtout encadrer (et bien sûr enseigner) dans des conditions optimales s'est toujours avéré impossible.

Depuis un peu plus d’un an, j’avais donc pris la décision de passer le Niveau IV (P4) de la FFESSM ou de l’ANMP. Cette certification me donnerait des prérogatives de « Guide de Palanquée ». Etant déjà Initiateur de la FFESSM, j’aurais été Enseignant Niveau 2 (E2) à savoir moniteur CMAS M*. J’ai donc commencé les entrainements dans mon club associatif mais très vite, de nombreux facteurs m’ont amené à revenir sur ma décision.

A mon humble avis, un ensemble d’exercices du P4 sont archaïques et dangereux, contribuant à rendre le passage de ce niveau d’une part accidentogène et d’autre part élitiste allant à l’encontre de ma conception de la plongée loisir. Je citerai deux exercices :

 

      La DTH (Démonstration Technique avec Handicap) : Quel est l’intérêt d’un tel exercice qui a pour origine une époque où les plongeurs n’avaient aucun système de stabilisation et n’avait qu’un backpack (on est même avant la Fenzy) ? Demander à un plongeur d’en remonter un autre en ayant au préalable vidé les deux stabs uniquement à la force de la palme demande un effort physique qui peut être source d’essoufflement, donc d’hypercapnie ou peut provoquer un ADD. C’est même antinomique avec tout ce qui est enseigné au plongeur dès ses premières bulles à savoir éviter les efforts pendant mais aussi après la plongée (quelques heures)

      Le 500 m capelé : Ne serait-il pas plus pertinent de renforcer la formation ou les exigences en matière d’orientation ? Projetons-nous dans une situation réelle. En fin de plongée, un P4 fait surface avec quatre P2 après une plongée à 40m et 10min. Quel intérêt y a-t-il que ce P4 soit en mesure de nager 500m si les autres ont de la peine à suivre ? D’autre part, et j’en reviens à mon point sur la DTH, cet effort juste après une plongée n’est-il une source potentielle d’accident ?

Si l’objectif des exercices du P4 sont de démontrer de la forme physique nécessaire pour encadrer, ne serait-il pas pertinent de conditionner le maintien des prérogatives d’encadrement et d’enseignement en milieu naturel à un recyclage (et validation physique) au moins tous les trois ans pour tous les P4 et plus ?

Je suis un partisan de la plongée pour tous, démocratique et accessible, qui rassemble les bulleurs de 8 à 88 ans sous réserve de OK médical. On en est très éloigné dans cette conception de la plongée où l’accent est mis sur la performance physique. Se rajoute à ça, l’attitude nombriliste et sectaire de la FFESSM (et du monde de la Plongée en France en général) qui se traduit par le rejet en bloc de tout ce qui vient de l’étranger et les combats d’arrière-garde pour contrer les autres agences de certification. Tout cela m’a emmené à décider d’arrêter ma formation de plongeur P4, car en aucun cas, je ne souhaitais m’associer à un système que je ne cautionne pas. Comprenez-moi bien, je ne suis pas contre l’exigence  d’un niveau physique minimum mais arrêtons de faire l’autruche. Si besoin était le barème homme/femme est l’exemple par excellence. Cela signifie-t-il qu’un homme est meilleur encadrant parce que ses temps sont plus exigeants ?

J’ai donc recherché du côté d’autres organisations/fédérations membres de la CMAS et j’ai finalement découvert : ProTec. ProTec est une agence allemande de professionnels de la plongée sous-marine très orientée Tech et membre de la CMAS. Je les ai donc contactés et ils m’ont orienté vers un de leurs Course Director et Instructor Trainer : Pascal Bernabé.   ProTec

J’avais rencontré Pascal pendant le Salon de la Plongée de Paris en janvier 2011. J’étais très impressionné à l’idée de rencontrer Monsieur -330 mètres et cela d’autant plus que le « Guide de la plongée Tek » est mon livre de chevet que j’emporte partout et que je ne me lasse pas de lire et relire. Je lui ai donc expliqué ma démarche et présenté mon historique de plongée, cartes à l’appui et demandé les conditions pour un cross-over. Il a pris mes coordonnées et promis de me recontacter. Et l’attente commença… Pascal m’appellera deux fois, souvent entre deux avions pour me demander si je pouvais me libérer pour la veille et à chaque fois j’avais autre chose de prévu.

 

  46-LotMi-Juillet 2011, je décide d’aller faire un petit WE de plongée sout dans le Lot. Oui, vous l’avez compris, j’ai bien l’intention de profiter un maximum de ce qui est l’atout No. 1 de Clermont-Ferrand : être à 2h30 de route de Gramat. Barnabé (Barbuzard) sera avec les autres membres de TAE à Saint Sauveur. Je me propose donc de faire quelques plongées avec eux comme plongeur soutien les 06 et 07 aout 2011. Les jours passent et Barnabé est insaisissable. Je réserve un emplacement de tente chez André Grimal. L’échange avec ce monsieur dont j’ai déjà beaucoup entendu parler et très cordial. A J-7, n’arrivant pas à mettre la main sur Barbuzard, ma décision est prise : j’irai plonger en solo. Je commence à concocter mon petit programme. Il y aura bien sur le Ressel et son fameux puits no.4 rendu célèbre par la photo de Sébastien Lissarrague. Pour les trois autres trous (oui, je suis gourmand), je pense à Saint Georges, Saint Sauveur et Font Del Truffe. J’appelle les copains (Harold, Dominique) pour demander des conseils et je me prépare mentalement. Je me sens prêt et capable de le faire. Ceci dit, pas question de prendre des risques inutiles. Je passe mon WE à farfouiller sur internet et à parcourir les forums pour glaner un maximum d’information. La recommandation de Christine qui m’accompagne pour chacune de mes plongées de la planification au retour sur la berge est bien présente dans ma tête : « Know your limits ».

 

Lundi, une matinée au boulot, sur un plateau désert pour cause de vacances estivales, il fait beau et chaud. J’ai envie d’être (presque) n’importe où sauf là. Patatrata ! Mon téléphone sonne et le nom de Pascal Barnabé s’affiche sur l’écran.

      Allo, Jean-Luc ?

      Oui.

      C’est Pascal Barnabé. Toujours intéressé par un cross-over vers CMAS ?

      Oui, oui, toujours.

      Je suis dans le Lot ce WE, donc si tu peux te libérer on pourra faire ça.

      Ah… Ça tombe bien j’avais prévu de passer mon WE dans le Lot mais tu comprends, tu me prends de court et je ne suis pas sûr que je puisse suivre financièrement.

      Pas de problème, vois si tu peux et l’on se rappelle. Dans le pire des cas, on pourrait faire une première plongée ensemble pour que je puisse t’évaluer sous l’eau

      OK. Je te rappelle alors.

      A tout à l’heure.

      A tout à l’heure.

Je raccroche et je me précipite sur le site internet de ma banque. Ayant renoué avec une activité salariale, je suis plus solvable qu’il y a quelques mois mais la convalescence va être longue. Je n’ai pas encore de fond de roulement pour amortir le cout d’une formation de plus. Après beaucoup d’hésitation, je pioche dans les maigres réserves que j’ai commencées avec bien du mal à me constituer. La suite du WE ne me fera nullement regretter cette décision. Dans la soirée, je rappelle Pascal et nous finalisons les modalités du WE. On se parlera quasiment tous les soirs pour bien cadrer le planning, et la logistique et mes attentes. Ces échanges sont cordiaux et conviviaux. Finalement, nous partagerons l’appartement du haut, et je ferai un cross-over PADI MSDT > CMAS M** & TDI Nitrox Instructor.

 

 

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Vendredi 05/08/2011, je quitte Clermont-Ferrand sous le soleil. Pascal me prévient qu’il ne sera pas de retour chez André avant 20h30. Il fait si beau que je n’ai pas envie d’avaler des kilomètres d’autoroute. D’humeur buissonnière, je prends la clé des champs, et décide de faire la route par les routes nationales et départementales. Je traverse donc le parc des Volcans d’Auvergne sous un ciel qui bleuoie et une herbe qui verdoie avec un soleil qui poudroie. Je profite des magnifiques paysages de la chaine des Puys et le célèbre Puys de Dôme. Dans les pâturages, les troupeaux paissent et tout ça alors que je ne suis encore qu’à moins de 30 minutes de Clermont. J’arrive à Gramat à 21h00, c’est plus beau mais plus lent par la Nationale. Je ne suis pas mécontent d’arriver car depuis quelques kilomètres, un voyant inquiétant s’est allumé sur mon tableau de bord : Vidange à faire rapidement. J'arrive chez André sans aucun mal mais il est vrai que j'ai enregistré le point GPS lors de mon premier séjour dans le Lot en Juin.

 

Lot 20110806 0403Au moment où je gare la SatyreMobile, mon téléphone sonne. C’est Pascal. Il doit avoir faim, le pauvre  . Que nenni, il m’annonce qu’il sort du Ressel et qu’il sera là dans une heure. Je fais donc un petit tour de la propriété. Mon emplacement de tente est réservé avec mon nom scotché à l’arbre : la classe. J’appelle André pour m’excuser de n’avoir pas prévenu que je partagerai le studio du haut avec Pascal. Je m’inquiète aussi d’avoir besoin de gonfler tôt mes blocs. Sa réponse est prophétique : « Oh avec Pascal, tu auras toujours gonflé assez tôt ». Une heure plus tard, à l’arrivée de Pascal, je suis au téléphone. Il me fait signe de ne point m’inquiéter et de continuer ma conversation. Mon coup de fil terminé, je le rejoins alors qu’il s’entretient avec un plongeur spéléo : Thierry (Carat ?). On passe à table sous la tonnelle. Au menu : Taboulé, pain du Lot, saucisson au bleu, Saint Nectaire, Bleu d’Auvergne, tomates cerises, le tout accompagné d’un vin du Pays d’Oc. Je me rends compte que j’ai trouvé mon maitre. Pascal est plus accroché à son téléphone que je ne le suis. Que dis-je son, non, ses téléphones ! On discute un peu après le repas puis nous allons nous coucher.

 

 

Samedi 06/08/2011, je suis debout avant le réveil que nous avions fixé d’un commun accord à 8h30. Premier truc super, avec Pascal, on ne se réveille pas aux aurores. Ça mérite un super « Like » façon Facebook. Je jette un coup d’œil par la fenêtre et il pleut à verse. Autant rester bien au sec à l’intérieur. On discute philosophie en prenant notre petit déjeuner. J’adore ! On échange quelques idées sur les philosophes grecs, classiques, humanistes puis modernes (Sartre, Camus et C°). On est unanime sur BHL et Alain Finkielkraut et nous finissons par nous demander qui sont ces intellos qui achètent leurs ouvrages et quelle substance en tirent-ils ? En revanche, Michel Audiard, pour les dialogues des Tontons Flingueurs, remporte un franc succès. La phrase n°1 du week-end sera : « Les cons ça ose tout ! C'est même à ça qu'on les reconnaît. »

La phrase n°2 du week-end, elle est empruntée à mon instructeur Full Cave, Harry Gurst : « Je suis comme un petit cheval de carrousel, il faut mettre une pièce pour que je me mette en route puis après un certain moment, je m’arrête et il faut remettre une pièce si on veut continuer. »

Il est temps de se mettre au travail. Je commence par les formalités administratives et les différents papiers à remplir pour ProTec et TDI. S’en suit les présentations sur le contenu pédagogique des cours CMAS P1*, CMAS P2* et enfin CMAS P3*.

Barnabé arrive vers 12h30 (on l’attendait pour 11h00). Ça fait toujours plaisir de revoir le Barbu avec qui j’ai fait ma 1ère plongée en hors structure et décompression à l’O². Il vient pour débloquer Pascal. S’en suit une séance rigolote où les positions des deux compères peuvent prêter à confusion sur leur accointance et leur orientation sexuelle. Voir, le grand passer dans le dos du petit et lui demander de se détendre, tandis que le petit reste crispé, limite stressé, est désopilante. Barbuzard aura la gentillesse de me débloquer aussi le dos. Mais chez moi c’est si chronique que je pense ne pas avoir d’autre choix que de suivre une vraie thérapie. Je casse les pieds à Barnabé pour qu’il m’explique et m’aide à remettre en place ma bague de gant étanche.

 

Lot 20110806 0405  Lot 20110806 0406
 Et un toucher rectal, et un !   Mais laisse toi faire !
Euuh... Non !

 

Lot 20110806 0407Il ne pleut plus. Vu l’heure qu’il est au départ de Barbuzard, nous décidons de déjeuner. Et ce n’est finalement que vers 14h30 que nous quitterons Gramat pour le Ressel. Nous utiliserons la voiture de Pascal pour le WE car dans la mienne mes affaires à moi tiennent déjà difficilement alors deux plongeurs ce n’est pas possible. Quand on arrive au Ressel, comme souvent il y a foule. Cinq voitures sont déjà garées ce qui est peu étonnant vu l’heure. Pascal me propose de patienter et d’attendre la sortie des plongeurs pour profiter de la cavité tout seuls. J’aime bien cette idée et nous nous préparons sans stress. J’en profite pour l’assaillir de questions plus ou moins délicates et il me fait le plaisir de se mettre réellement à poil sur de nombreux sujets. Nous échangeons sur les accidents qu’il a eus à gérer notamment celui de Brigitte et celui d’Audrey. Il m’explique sans détour les décisions qu’il a eu à prendre, ce qu’il a ressenti et comment il a tenté de gérer. C’est un partage d’expériences émouvant mais pas dramatique, qui me pousse à réfléchir encore et ouvre aussi des pistes de réflexions difficiles. Nous échangeons aussi sur ses débuts en plongée souterraine. sur ses amitiés avec de nombreux spéléo-plongeurs et plongeurs-spéléo, et fatalement sur la puissante FFESSM, ses choix et sa politique. Je ressens chez Pascal une forme de désillusion mâtinée de regrets. Il doit beaucoup à certains pontes de la FFESSM avec qui il a débuté la plongée, il a lui-même était moniteur de plongée souterraine pour la FFESSM mais il semble las de l’ostracisme qu’elle met en place face aux autres agences de plongée.

Le premier plongeur qui sort du Ressel s’appelle Alain Oger. C’est un « ancien », un « vieux de la vieille ». Sa configuration est originale : bi-bouteilles avec les robinets orientés vers le bas ce qui permet un accès plus aisé à ceux-ci en cas de besoin. On discute avec lui et nous sommes rejoints un peu plus tard par Pascal Poingt (alias Pascal44) et deux plongeurs (stagiaires). La différence entre les deux Pascal est frappante. Il y en a un qui a l’air de faire deux fois la taille de l’autre . Je suis content de mettre un visage sur le pseudo de Pascal44 dont je lis souvent les interventions dans différents forums et qui m’avait gentiment chambré une faute dans mon 1er CR sur la Douix de Chatillon. J’avais écrit sustentation en lieu en place de suspension (c’est corrigé depuis). Je ne saurai pas lui tenir rigueur après qu’il ait flatté mon égo en disant que cette erreur était la seule fausse note dans un CR bien rédigé exempt de fautes d’orthographe. On charrie un peu Pascal44 qui a bien pensé à verrouiller son mini van mais a laissé la vitre avant complètement baissée. Pascal44 et un de ses stagiaires (Nicolas?) me donnent un cours accéléré sur le bon usage de l’OSTC que je vais étrenner. Le couple d’hollandais remonte. Pascal44 m’offre un penilex de diamètre 35mm. Je n’ai aucun mal à le mettre et il me semble être à la bonne taille (n'est pas Satyre qui veut !!!)

 

 

Lot 20110806 0410Il est temps que nous nous mettions en route. Juste avant de partir le petit Pascal me demande où sont mes palmes. Quand il les voit, il fait une petite moue et s’interroge sur leur légèreté. Je réponds que cela ne me pose aucun problème. Il me donne aussi deux conseils pour améliorer mon trim et mon frog-kick. Nous plongerons avec un 2x12L et une S80 en relais. Nous appliquerons la règle des quarts. Il est 18h16 quand on se met à l’eau. Le predive check se fait rapidement. Pascal me donne rendez-vous au fil et le rejoint sous l’eau tandis que moi je patauge gentiment en surface. On se rejoint devant le fil et hop, c’est parti. La visibilité est époustouflante. Je plonge dans de la Volvic. A l’entrée de la galerie, Pascal touche ses robinets. J’en déduis qu’il me demande de faire un V-Drill. Et là, c’est le drame. Je n’y arrive pas. Je desserre un peu mon harnais mais rien n’y fait. J’ai beau pousser au cul de mes blocs rien n’y fait, je n’arrive absolument pas à atteindre mes robinets. Je me sens raide. Je m’énerve, je souffle, je tourne sur moi même, rien n’y fait. Plus le temps passe, plus je m’énerve. Je sais pour l’avoir déjà fait que  j’y suis déjà arrivé en humide et en étanche. Pascal finit par mettre fin à mon calvaire et nous poursuivons notre progression. Je suis complètement retourné, je peux même affirmer que je suis vexé et déçu. Je cogite en boucle pendant la progression. En plus j’ai de l’eau qui rentre dans mon nouveau masque de plongée. Un beau masque, Oceanic Shadow, tout neuf, frameless et identique à celui qui m’a été dérobé à Bruxelles. Bref, j’ai de la buée qui me gâche la vue, de l’eau qui rentre en permanence et l’esprit obsédé par mon V-Drill raté. On arrive au shunt, je pose un cookie et on poursuit par la galerie parallèle. On arrive à la jonction entre les galeries. Je ne pose pas de cookies, ni de flèches cette fois.

 

Ressel Entree 2011  Ressel Gallerie 2011
 Entrée du Ressel par Sébastien Lissarrague.  Galerie principale du Ressel par Sébastien Lissarrague.

 

 

Ressel Puits4 2006Je suis Pascal et nous descendons dans les puits n°1, 2, 3 et 4. Quand on y arrive, c’est magique. Pascal est devant et nos lampes éclairent le puits. Avec Pascal en pointe, j’ai l’impression de voir la même image que celle de la photo de Sébastien Lissarrague. C’est superbe. En descendant vers le fond, je me sens de plus en plus oppressé. Je comprends enfin : je n’ai pas mis d’air dans ma combi depuis le début de la plongée. Est-ce pour ça que je n’arrivais pas à faire mon V-Drill ? Arrivés au bas du puits, Pascal me demande ma conso. J’ai pris ¾ sur la S80 et quasiment rien sur le bi. Nous n’irons donc pas plus loin et nous faisons demi-tour. J’ai du mal à suivre le rythme de Pascal qui est une Formule 1 quand moi je suis une 4L. Je palme sec pour le suivre et je prends soudain conscience que je transpire. C’est bien la 1ère fois que ça m’arrive de suer sous l’eau. Bien entendu, nous avons pris le chemin au retour. Arrivés à 50m de la sortie, Pascal me fait signe qu’il n’a plus d’air. Le S-Drill, se fait lui sans soucis. Je prends bien soin de tourner en gardant toujours le fil dans mon champ de vision (ne jamais lui tourner le dos). Je me mets dans la bonne position, et j’initie le touch contact. Nous nous dirigeons vers la sortie. On coupe l’exercice à 30m et à peine ai-je fini de ranger mon long hose, je vois Pascal feindre la syncope. J’ai déjà fait des remontées assistées en mer mais en sout jamais. C’est extrêmement différent. Cette fois-ci, il faut progresser d’abord en horizontal jusqu’à la sortie et une fois dans le Célé, c’est une remontée lente et contrôlée vers la surface. J’y arrive et je gère. Nous crevons la surface après 60 minutes de plongée. Je suis content du résultat en soi mais complètement insatisfait de ma performance qui est loin de ce que chez PADI, on qualifierait de Demonstration Quality, c’est à dire : fluide, maitrisée avec des gestes amplifiés. On est accueilli à la surface par une pluie battante, mais chaude.

DiveProfile 20110806 Ressel

Mon profil de plongée :

  • Profondeur max = 43m
  • Temps = 60min
  • Temprature = 13°C
  • Pénétration = 400m - 430m environ

Nous rejoignons le bord et remontons à la voiture. Le timing est parfait. A peine sommes nous arrivés que la pluie s’arrête. On se change, je suis bien content de n’avoir pas eu besoin de faire pipi. J’avais mal collé le penilex. Ca aurait pu être gênant. On remballe tout et nous retournons chez André. A notre arrivée chez celui-ci, je m’aperçois que l’arrière de ma voiture est bâché. Je crains le pire. Je me dis que quelque chose est arrivé à ma voiture. André sort de chez lui, il a l’air bien embêté. Il m’explique qu’en taillant ses haies, une pierre a été éjectée et est allé fracasser ma lunette arrière. La bâche protège la voiture de la pluie. Ses tentatives, il a appelé Renault et Carglass, pour avoir un changement du pare-brise sur place, sont restées vaines. On sort les blocs pour gonfler. Pascal profite de ce moment pour me faire quelques suggestions pour améliorer ma config qui est déjà selon ses dires très bien. Le diner de ce soir ressemble à notre déjeuner qui lui même était une copie de celui de la veille et enfin sera notre menu pour demain midi.  Nous ne tardons pas à nous assoupir. Pascal est complètement HS et je l’entends ronfler (légèrement)  très vite.

 

 

Dimanche 07/08, ce matin le réveil est bien plus laborieux. Je sens dans mes cuisses que j’ai palmé hier. Le petit déjeuner est vite avalé. Mais Pascal et moi prenons le temps de papoter comme des petites vieilles. C’est l’une des caractéristiques incroyables de Pascal. Il n’est jamais avare en informations. Ainsi, sur une simple remarque à propos des avantages de la décompression et des paliers lors d’une plongée en OC ou en CCR, il arrête tout ce qu’il fait, sort son ordinateur et prend le temps de faire tourner différentes simulations pour illustrer ses propos. C’est tout simplement bluffant cette disponibilité et ce sens du partage. L’heure tourne, nous avons encore du travail à faire. On va chercher les blocs et devant l’entrée de la station, il y a une voiture immatriculée dans le Puy de Dôme. Un homme et son fils sont entrain de faire gonfler des petits blocs pour recycleur et des bailout en carbone. Le plus âgé reconnait Pascal. Il on apparemment plongé ensemble ou se sont croisé. Les pneus sont des Michelin et l’homme a un accent Belge. Je finis par demander et je ne suis pas surpris de découvrir qu’il est aussi un Bib (un salarié Michelin). Il plonge surtout en mer et au Trimix. Il m’indique que son ancien binôme (Bib lui aussi) est resté en OC donc j’ai peut être un nouveau binôme. L’homme discute formation plongée sout avec Pascal, et la conversation s’éternise un poil. Pascal me fait signe qu’il est temps de partir. Nous allons plonger à Saint Georges. En partant, j’ai cette drôle de sensation que nous avons tous connue un jour : je suis sur d’avoir oublié quelque chose. Le travail n’est pas oublié. Chemin faisant, Pascal me donne un sujet de pédagogie à traiter. En fait d’un sujet, c’est un double sujet : « Théorie de la décompression » pour CMAS M** et « Les avantages et désavantages du Nitrox » pour TDI

 

Lot 20110806 0413Arrivés sur place, nous commençons à nous préparer. Pascal me présente la vasque et me fait un briefing du site. Il me met sérieusement la pression en m’expliquant à quel point de nombreux plongeurs spéléos débutants ou aguerris ont perdu leur moyens dans cette cavité, impressionnés notamment par le laminoir qui est bas de plafond et qui les mène jusqu’à 30m. Un Renault Espace s’arrête à notre hauteur. Un papy nous demande si nous avons l’intention d’aller plonger dans la résurgence. Réponse affirmative de Pascal, qui une fois de plus, avec beaucoup de simplicité et d’humilité, va prendre le temps de répondre à toutes les questions que Monsieur va poser.  L’échange durera bien une bonne dizaine minutes. Le touriste et ses petits enfants repartiront ravis sans savoir qu’ils ont rencontré une légende de la plongée Tek.

Il est temps de bosser. Pour cette plongée, je serai le guide de palanquée. Je fais le briefing, indique les conditions de mise à l’eau, la plongée et notre progression. Je m’équipe et je me rends compte que j’ai oublié mon ordinateur de plongée. Grrrrr, je savais bien que j’avais oublié quelque chose. Pascal me prête un Uwatec 330m. J’y vois comme un clin d’œil. Puis, je me mets à chercher ma cagoule et j’ai beau fouiller partout, je ne la retrouve pas. Pascal est un poil inquiet, il a peur que je prenne trop froid. On rentre dans la vasque et après avoir conduit le precheck dive, nous nous engageons dans la vasque. L’eau à 13°C pique le visage. J’ai pour consigne très stricte de signaler à Pascal toute sensation de froid. Pascal me demande un V-Drill. J’injecte de l’air dans la combinaison mais rien n’y fait. On arrête le massacre et on s’engage dans le laminoir. Pascal passe devant pour cette partie.  La visibilité n’est pas terrible. Il y a tout au plus quatre mètres. On avait décidé d’aller jusqu’à 300m ou ¼ de consommation. Le passage du laminoir est impressionnant mais j’adore. Je recadre Pascal pour qu’il reste à proximité de son guide (moi), pour qu’il ralentisse son rythme. On avance gentiment et je fais très attention à ne pas perdre le fil de vue. Contrairement au Ressel, il y a ici beaucoup de sédiments. La ballade reste très agréable même s’il est plus difficile d’apprécier les volumes. J’aime observer les sculptures dessinées par l’eau sur les dunes d’argile. Pascal me demande régulièrement si j’ai froid. Mais comme hier, le suivre me fait brûler des calories et je n’ai absolument pas froid. Arrivé à 300m, nous faisons demi-tour. Comme convenu, à un moment Pascal s’approche de moi pour m’aider à corriger mon trim. Pour cela, il redresse un peu mes genoux. Je me sens embarqué tout de suite et je vide mes poumons complètement. Je descends assez proche du sol de glaise. Je prends conscience que je viens de perdre le fil de vue et que si je devais le rechercher, je ne serai pas capable de le retrouver avec la technique apprise au Mexique. Je suis typiquement tombé sur l’une des techniques qui n’est pas transposable du Mexique vers la France. Je rejoins Pascal qui est resté au niveau du fil. Je m’accroche à une roche et Pascal tente de nouveau de corriger mon trim. Cette fois ci c’est clair. A peine mes jambes sont elles relevées que je me sens embarqué par les pieds. Pascal avait raison, mes palmes sont bien trop légères. On poursuit notre plongée. Je n’ai aucun souci pour passer le point bas puis gérer ma remontée vers la vasque. Nous avions convenu de faire un palier de sécurité à 3m mais arrivé là, c’est impossible. J’ai trop d’air dans ma combinaison et malgré tous mes essais, je n’arrive pas à vider l’excédent d’air. Je finis par remonter, de manière contrôlée après deux minutes. Je ne suis pas fier sur ce coup là. Pascal a bien compris et il ne m’en tient pas rigueur. Je lui fais le débrief de la plongée et j’ai bien relevé toutes les erreurs qu’il avait faites. Il fait ensuite mon débrief. Il me recommande d’utiliser des guêtres pour limiter la quantité d’air qui va vers mes pieds et il faudrait également des palmes plus lourdes, pour améliorer mon trim. Pour le V-Drill, il me recommande de modifier la hauteur des bandes du bi pour avoir les robinets plus haut. Je ne comprenais pas pourquoi je n’arrivais pas à faire ces skills. J’ai pourtant pratiqué en Bretagne et en piscine. Le seul changement depuis lors est ma sous combinaison. J’utilisais à l’époque une Aqualung Artic 100. Je plonge actuellement avec une Weezle Extreme+. Donc, pas de solution miracle, il va falloir reprendre comme je l’ai fait jusqu’ici : huile de coude et s’entrainer encore et encore jusqu’à la maitrise parfaite du geste.En me déséquipant, j’ai la tête qui tourne quelques secondes. Je ne m’inquiète pas, c’est sans doute un effet du froid.

Profil de Plongée :

  • Profondeur max = 30m
  • Temps = 45min
  • Temprature = 13°C
  • Pénétration = 300m

On plie les gaules et nous retournons chez André. Il me reste encore quelques heures de travail sur la pédagogie. Après la pédagogie orale, place à l’écrit, je dois rédiger un cours et un argumentaire. La séance de travail se termine par une revue des standard TDI.

 

Lot 20110806 0432Je commence à ranger mes affaires dans ma voiture donc la lunette arrière a bien été stabilisée par André pendant que Pascal fait le ménage. Il finit de charger sa voiture et nous quitte me disant de ne jamais dire que j’ai mis plus de temps que lui à me préparer. Auparavant, il m’a expliqué comment on planifie la décompression sur les plongées spéléos et m’a maintes fois précisé que je ne devrais pas hésiter à le contacter si j’avais des questions supplémentaires. Je suis à des millions d’années lumière de Harry, du cheval et de sa pièce.

 

  André vient discuter avec moi et s’étonne de me voir ranger tout mon matériel méticuleusement et avec beaucoup de soins. Mais quand on n’a pas beaucoup de sous et surtout quand on a comme voiture une Renault Modus qui n’est ni un 4x4, ni un break ou ni même un utilitaire, on n’a pas le choix. Il faut ranger, ranger et encore ranger.

Je quitte Gramat vers 19h et je fais route vers Clermont-Ferrand en utilisant l’autoroute. Ce qui me permet de rentrer 2h30 plus tard.

 

Lundi 08/08, mon téléphone sonne et c’est de nouveau Pascal qui m’annonce une bonne nouvelle. Ma cagoule que je croyais perdue était dans sa voiture. Il ne comprend d’ailleurs pas pourquoi nous ne l’avons pas trouvée. Pas de soucis, je retourne dans le Lot, le 26/08 et il y sera. J’aurai le plaisir de le voir et de discuter avec lui.

 

Vous l’aurez sans doute compris, j’ai passé un super week-end et j’ose même dire que je suis tombé sous le charme d’un GRAND Monsieur. Je m’attendais un peu à rencontrer un héros triomphant et imbu de lui-même mais j’ai trouvé un homme dans tout ce qu’il a de fort et de fragile, humble et disponible. J’ai rencontré un vrai professionnel qui vit de la plongée mais qui est avant tout un passionné jamais avare en conseils et toujours prêt à partager ses connaissances.

Merci Pascal et à très bientôt.

 

Liens

Pascal Bernabé - http://www.pascalbernabe.com/

Barnabé Moulin (Barbuzard) -  http://www.barbuzard.com/

ProTec - http://www.protecdive.com/

André Grimal (L'Air des vasques du Quercy) - http://www.gonflage.com/

Sébastien Lissarrague - http://www.photo-sub.com/

Christine Loew - http://marenostrum.ws/

Publié dans Cave

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Guillaume 08/07/2012 19:38


Je suis un partisan de la plongée pour tous, démocratique et accessible, qui rassemble les bulleurs de 8 à 88 ans sous réserve de OK médical.


 


Ok. Mais faut pas confondre plongée loisirs et encadrement professionnel.


Les exercices du sauvetage palme et du capelé sont des EXERCICES DE STYLE qui se justifient pleinement en situation d'accident, de sauvetage.


Oui, ils permettent de valider une certaine condition physique et oui, ils permettent de toucher du doigt les conditions physique requise quand tu dois sortir un mec de l'eau.


Ayant passé 15 jours à simuler des accident en "stage sauvetage" au BEES 1°, je peux te dire que remonter un mec, le trainer jusqu'au bateau, le déséquiper, le remonter, le ventiler, prévenir les
secours et gérer son évacuation, ça demande un sacré effort!


Du coup, non, c'est pas con de le travailler au N4.


 


Sinon, merci pour le CR ! Nickel.

Anne-Claire 21/08/2011 14:06



Merci beaucoup pour ce récit bien détaillé et qui m'a permis de répondre à certaines interrogations.


Bonne continuaton



Satyre 22/08/2011 09:06



@Anne-Claire: De rien. J'ai plaisir à plonger. Ce blog est une manière pour partager ma passion et mes expériences à d'autres. Si vous avez des questions n'hésitez pas à me contacter, j'essaierai
d'y répondre du mieux que je puisse.



jal 20/08/2011 23:25



bravo pour ce CR. Tu as de la chance de plonger avec Pascal Bernabé.


Propose-t-il des plongées guidées?



Satyre 22/08/2011 09:14



@Jal: Plonger avec Pascal et surtout passer du temps avec lui est un vrai bonnheur. On découvre un homme d'une grande sincérité et d'une grande simplicité.
Contactes moi par mail pour les plongées guidées. Je le vois ce WE et je veux bien servir de relais si je comprends bien ton besoin.



Satyre 11/08/2011 21:53



Je suis suffisament lesté.


Je vais pas me surcharger comme le goret que tu es 



ludo 11/08/2011 20:50



le môssieur te dit :


1 . d'acheter des jetfins


2. de rajouter du plomb, y a pas de honte et ça evite de remonter comme un spoutnik


3. faire une check list pour eviter d'oublier des trucs


4. oublier le mexique, car le lot c'est different


lulu la touille



le gone 11/08/2011 19:39



Ben j'adore....on est bein sur la meme longueur d'onde  ha si juste un truc un conseil...enlève la partie
sur le tel, la voiture....ya des cons qui trainent et c une preuve...