Barnabé MOULIN, plongeur tek

Publié le par Satyre

Bonjour Barnabé, pouvez-vous vous présenter ?

Barnabé Moulin, j'ai 36 ans, je suis ostéopathe et passionné de plongée. J'ai toujours été attiré par l'eau. Petit, je passai mes étés avec un masque et un tuba à observer, pêcher, nager...

Je réside en Bretagne, non loin de Lorient où de nombreuses épaves de la seconde guerre mondiale sont présentes.

J'ai suivi une formation de plongeur faite de rencontres qui m'ont offertes de belles surprises. De ma première plongée bouteille où j'aime à retourner souvent à ma première grotte qui me fascine encore, en passant par ma première épave qui est toujours un rêve pour moi. Je peux dire que j'ai été gâté.

Je me considère comme un plongeur "entre deux eaux" car j'aime à plonger sur les épaves profondes comme dans les galeries souterraines. D'une semaine à l'autre je peux être amené à pratiquer l'une ou l'autre.

Qu'est-ce que la plongée tek ?

La plongée tek est pour moi un prolongement de la plongée "loisir". Au delà du matériel, elle représente un état d'esprit où l'on cherche au maximum à optimiser sa plongée et sa sécurité. Pour beaucoup cela peut faire peur ces blocs en plus, ces drôles de combis, cette façon de ranger son matos. En fait, cette façon d'aborder la plongée se prépare en amont. Il faut se donner les moyens de réaliser la plongée dans des conditions de sécurité maximum, tout en ayant beaucoup de plaisir...

Peut-on classer les différentes plongées tek ? 

Dans la plongée tek, on va retrouver deux grandes catégories, la plongée mer et la plongée souterraine. La pratique de chaque plongeur va ensuite l'amener à utiliser soit du circuit ouvert, soit un recycleur. Après, la réflexion de chacun va s'orienter vers telle ou telle pratique.

Une technique très connue est l'approche DIR (Do It Right) qui tend à standardiser le matériel dans un but bien précis, l'explorations de cavités de gros volumes en Floride à l'origine. Certains vont s'orienter aussi vers la pratique en solo, lié à l'accessibilité des sites par exemple. D'autres, vont utiliser une configuration dite "sidemount", ou encore utiliser un recycleur, permettant une plus grande autonomie entre autre...

Quel est le matériel spécifique aux plongées tek ? 

Le matériel est avant tout basé sur la redondance. Il n'y a rien de superflu ni rien de sacrifié. Suivant les conditions, on peut utiliser:

  • une combinaison étanche permettant de longues immersions
  • un système de flottabilité dorsal plutôt qu'enveloppant pour permettre une meilleure position (trim) et une plus grande liberté de mouvement
  • un recycleur permettant une grande autonomie en gaz et une décompression optimisée
  • sans cela, des bi-bouteilles de différents volume qui vont être porté soit sur le dos soit en latéral ("sidemount" ou "à l'anglaise"), permettant de passer dans des endroits plus étroits, principalement.
  • un scooter qui limitera les efforts sur la distance et/ou liés à la profondeur
  • un ou des dévidoirs pour utiliser en fil d'ariane ou lancer un parachute de palier
  • ...

Quels sont actuellement les différents types de recycleurs ?

Les premiers recycleurs qui ont été utilisés ont été des circuits semi-fermés (SCR). Le principe est simple, une fuite maitrisée renouvelle partiellement le gaz contenu dans la boucle respiratoire. Un filtre de chaux vient épurer le mélange en fixant le gaz carbonique toxique.

Par la suite, avec le développement de l'électronique, se sont développés les circuits fermés (CCR), qui permettent un mix réellement adapté à chaque instant de la plongée et qui limite les rejets de gaz dans le milieu extérieur. Une injection d'oxygène, soit par buse, soit par injection manuelle ou via une électrovanne, va compenser la consommation du plongeur dans la boucle respiratoire. La teneur en oxygène va être contrôlée sur des afficheurs grâce à des cellules réactives. Un contrôle électronique (eCCR) est présent sur les modèles de dernière génération (Sentinel, Megalodon, Inspiration, rEvo, Ouroboros,...).

Quelles qualités faut-il pour faire de la plongée tek ?

Pour faire ce genre de plongée, il faut avant tout être sérieux, pondéré dans ses choix et surtout présenter une bonne maîtrise de soi-même. Il ne faut pas céder à la panique afin d'avoir le geste adapté à la situation. Une bonne condition physique est aussi nécessaire pour pouvoir supporter les contraintes physiologiques liées à la décompression.

L'humilité est aussi fondamentale afin de ne pas griller les étapes. Savoir avancer pas après pas...

Quelles sensations éprouve-t-on aux limites du possible ?

Sur le moment, beaucoup de concentration, en même temps, tous les sens sont en éveil. Je me surprend souvent à revivre la plongée dans les instants suivants. Il y a certe sur le moment beaucoup de plaisir avec cette évolution dans le milieu en apesanteur, dans un silence absolu, mais après c'est comme un film qui se déroule au ralenti où chaque geste est enregistré, chaque détail de la plongée qui ressurgit... La satisfaction d'après plongée est intense et grisant.

Quelle est votre plus mauvais souvenir de plongée ?

C'est un coup de téléphone... L'annonce que mon ami David n'était pas ressorti d'une plongée au Ressel...

Quelle est votre meilleur souvenir de plongée ?

Les bons souvenirs sont nombreux... Le premier, je dirai la vision de l'épave du Joker à Ibiza, ma première épave. En souterrain, il y en a deux, notre pointe à Alviela et une visite du S2 de Font del Truffe.

Alviela, c'est une résurgence dans laquelle nous intervenons pour participer à l'étude et à la découverte de l'hydrogéologie, la topographie. Depuis 1992, plusieurs équipes se sont succédées. Les plongeurs locaux, des DIR, plongeant en ouvert, réalisent un travail très détaillé. Ils font appel à des plongeurs extérieurs pour les aider à pousser plus avant la découverte. L'an dernier, fin août, avec Laurent Petitjean, nous avons effectué une pointe en poussant le terminus à près d'un kilomètre de l'entrée et un point bas à -134m, soit 60m plus loin que Jérôme Meynié en 2007 (qui nous a apporté tout son soutien et son expérience, une sinusite l'ayant empêché de participer à la plongée). Nous avons réalisé ce jour là une immersion de 6h40 dont 3h30 dans une cloche de décompression. Deux jours plus tard, j'ai suivi Martin Burgui, un extraterrestre d'Irun (Pays Basque Espagnol) qui avait découvert une galerie dans le réseau. Nous avons là aussi poussé 50m de fil, découvrant ainsi 200m sur ce conduit. Une très belle expérience très enrichissante dans un réseau magnifique, qui nous mènera en aout prochain à prolonger le travail.

Font del Truffe est une galerie dans le Lot, près de Rocamadour, qui se trouve perdue au fond d'un petit chemin. Une petite vasque, une étroiture qui porte bien son nom. Derrière, un premier siphon d'une eau limpide, court, environ 180m, suivit quand le niveau le permet, d'un S2 plus étroit et tortueux d'une roche très belle. Une ballade envoutante...

Quels sont vos futurs projets/défis ?

Nous sommes avec l'équipe des Bretons, sur des plongées sur épaves pour les identifier, au large de Groix, par -85m.

L'équipe de Bretons, ce sont mes amis plongeurs avec lesquels il m'arrive de plonger près de chez moi. Il y a deux Alain, des vieux briscards, des warriors. On a une mécanique bien huilée, bien rôdée, chacun sait ce qu'il a à faire. Sur ce trio, vient se greffer selon les cas Nico, un pote plongeur démineur qui plonge aussi en Ouroboros comme moi, Christian Roche et Jacques Le Lay de "Sous La Mer Production" qui a réalisé un tournage pour un DVD présentant les épaves locales.

De temps en temps nous plongeons aussi dans le cadre de "l'Expédition Scyllias" qui effectue des recherches sur des épaves. A sa tête Jean Louis Maurette, un passionné qui plonge plus souvent dans les archives afin de trouver les détails renouant l'histoire à l'épave. En ce moment nous effectuons donc un travail sur des épaves au large. Nous avons aussi été filmés lors d'une plongée sur le U767 au large de Bréhat, qui a fait l'objet d'un reportage pour un 20h de TF1 en octobre dernier.

Merci Barnabé

Publié dans Presentation

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