Premières Plongées dans le Lot

Publié le par Satyre

Vendredi 24 juin 2011 : le grand jour est enfin arrivé. Après le travail, je vais prendre pour la toute première fois la direction de la Mecque de la plongée spéléo en France voir même de toute l’Europe. Je vais rejoindre Ludo et Doumes dans le Lot.

Hélas pour l’instant je suis encore au boulot à Clermont Ferrand et c’est une de ces journées où on a la tête ailleurs, les yeux rivés sur l’horloge qui égrène la course inexorable du temps. J’avais initialement prévu de quitter mon lieu de travail à 17h pour arriver vers 20h chez André Grimal où nous devions diner ensemble. Au final, j’ai rabattu l’écran de mon ordinateur portable vers 20h. Le temps de passer à la maison pour faire mon paquetage et charger la voiture, ce n’est que vers 22h que je quittai Clermont. Sous la lumière tamisée de la pleine lune renforcée par mes phares, l’autoroute déroulait son ruban d’asphalte et mon périple jusqu’à Gramat se fit sans encombres. Un coup de fil passé aux copains me rassura quant à leur fraicheur, ils semblaient avoir attaqué sec la dégustation du nectar de Bacchus. On prévoit de se retrouver vers 8h30 le lendemain. J’arrive sur Gramat vers 1h00 du matin pour trouver la porte de mon hôtel close. Dieu merci, il s’agit d’une affaire familiale et les propriétaires vivent sur place.


O6262161  Samedi… Mmmmmmm… Le réveil est difficile. 8h25, mon téléphone s’excite : c’est Ludo qui vient aux nouvelles. Il est déjà chez André où il a rejoint Doumes. C’est con car nos hôtels sont côte à côte. Tant pis, RDV est pris 5 minutes plus tard sur la place. De là, on file chez André. Monsieur finit de faire gonfler son bloc. Puis nous nous retrouvons devant un café pour discuter du planning de la journée. Jusqu’à hier soir c’était : Saint Sauveur le matin, puis Saint Georges l’après-midi et enfin LE Ressel dimanche matin. Cependant, les conditions de visibilité sont paraît-il très bonnes sur Cabouy donc nous ferons Cabouy ce matin. Cet après-midi, nous irons plonger à Saint Georges et LE Ressel sera le clou du WE pour la dernière.


On démarre doucement de chez André mais très vite, ça tourne au rallye. J’ai du mal à suivre le train imposé par Doumes et Ludo. Le hic, c’est que je suis obligé de suivre. Je peaufine donc mes talents de champion en devenir sans l’objectif d’égaler Sébastien Loeb. Après 30 minutes de course poursuite, nous arrivons sur site. Mon premier réflexe est d’enregistrer la position dans mon GPS.


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On s’approche du gouffre et ma première impression est : beurk… On ne va tout de même pas plonger dans ça ? En effet, la « sécheresse » sévit depuis quelques semaines sur la France. Il a peu plu et le niveau de l’eau est si bas que l’eau ne s’écoule plus. Là où avant les flots déferlaient, il y a maintenant une grève et une mare saumâtre et peu engageante. C’est franchement ragoûtant.

J’essaie de me motiver mais je ne peux m’empêcher de penser hygiène de mes oreilles, de mes intestins et de mes yeux. Il n’est pas question de retirer mon détendeur ou de faire un vidage de masque dans cette eau.

On descend les voitures le plus près possible dans le sentier pour décharger le matériel. Quelques randonneurs passent et nous observent,  curieux. Vient un moment où un Monsieur d’un certain âge, accompagné de son petit-fils, s’intéresse beaucoup à nous.

On continue à s’équiper et à discuter. Notre rendement n’est pas optimal. Je récupère un ordi et un manomètre pour un de mes détendeurs de déco. Comme tous les tec divers avant le début d’une expédition, on bricole notre matos. Clé Allen par ci, clé Allen par-là, et aussi un coup de clé puis il faut serrer mais pas trop.

 

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Le temps passe mais le moment tant attendu arrive enfin : Doumes va étrenner sa nouvelle combinaison étanche , une Santi ! Et ce n’est pas tout, elle est accompagnée d’un magnifique tapis de sol, acheté amoureusement par sa femme pour que Monsieur puisse se changer au sec sans salir sa belle combinaison toute neuve. 
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O6252047  Nous voilà prêt à nous mettre à l’eau. Doumes vérifie ses backups et là patatras, aucune des deux ne s’allument. Qu’à cela ne tienne, il décide de plonger qu’avec son phare. C’est pas très DIR ni même orthodoxe mais bon, on va le garder à côté de nous.


 

Nous nous mettons à l’eau et nous commençons le check. Zut, et voilà que le phare principal de Doumes reste définitivement éteint. J’ai un gros warning qui s’allume dans ma tête. Une phrase de Christine Loew, mon instructrice, qui me disait : « Some days do not push it, several signs will tell you ‘

Ludo et Doumes n’ont pas été formés par Christine et Ludo décide de donner à Doumes son casque avec son éclairage et d’utiliser le phare de la caméra pour lui. Après toutes ces émotions, nous débutons la descente vers le fond de la vasque en prenant soin de ne pas lâcher le fil. Je suis le premier de cordée. Je pénètre dans le gouffre et dès les premiers mètres, je suis sous le charme. C’est beau ! Pendant que j’attends les autres, j’aperçois dans le halo de ma lampe ma première crevette cavernicole.

Je suis content. J’espère que Ludo l’apercevra et l’immortalisera sur le film. Hélas non, il passe devant « crevette » sans s’arrêter. Nous débutons la ballade et ce n’est que du bonheur. La visibilité est plutôt bonne, à condition de passer devant Ludo. Dans le cas contraire, ce phacochère laboure tellement que l’on évolue à l’aveugle. Les volumes sont magnifiques et énormes. J’ai l’impression d’évoluer sous le dôme d’une cathédrale. Après une jolie progression, arrivés à la turn pression (1/3) nous faisons demi-tour. Le retour se fait dans les particules. Plus on se rapproche de la sortie, plus il y a de la vie. La vasque est en effet très poissonneuse. Certains poissons ressemblent à des murènes (OK je suis nul en bio). Je finis donc mes paliers dans les algues à observer l’activité de la faune.

Les paramètres de la plongée donnent :
Profondeur = 31 mètres
Temps = 47 minutes.

 

 

 


En sortant nous croisons de nouveau des randonneurs qui nous scrutent. Puis vient un plongeur de Belgique. Il nous reconnaît grâce aux blocs de Ludo. Il nous dit avoir vu notre vidéo de la Douix. Nous découvrons ainsi que la célébrité du Phacochère Team dépasse les frontières de l’Hexagone.


 

On retourne fissa vers Gramat et les Vasques du Quercy. C’est donc reparti pour une séance d’essai rallye, d’autant plus que nous avons un créneau horaire bien précis pour gonfler. Vu l’allure, on arrive sans mal dans les temps, et les blocs sont regonflés. C’est l’occasion pour moi d’observer pour la première fois l’installation d’André dont j’avais tant entendu parler. C’est top !

Plonger c’est bien, mais ça ne nourrit pas son homme. Donc nous voilà affamés et il ne faut pas tarder si l’on veut casser la croute. Au village, pas moyen de trouver un aubergiste et une tablée. Le service est terminé. Nous devrons nous contenter d’un sandwich pâté et cornichons.

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Il est grand temps d’enchainer sur la seconde plongée de la journée. Je fausse compagnie à mes compagnons pour aller faire la sieste. J’ai besoin de repos. Pendant que je m’abandonne avec délice dans les bras de Morphée, les copains vont patauger à Saint Georges. Il n’y aura point de vidéo car la visibilité est pourrie.

Le soir venu, je les retrouve fourbus mais toujours pleins d’entrain. Il est l’heure de passer aux choses sérieuses. Une petite plongée dans la gastronomie locale nous mène à Rocamadour où nous nous régalons les papilles après le régal des yeux. Nous rentrons assez tôt pour une bonne nuit de sommeil. Demain, dimanche, nous allons plonger le Ressel. Je suis très excité par cette perspective.


 

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Dimanche, au réveil, je ne traine pas et je rejoins vite mes amis chez André. Nous avons un peu plus de route que la veille. C’est un peu moins rallye que la veille, mais tout de même, l’allure est soutenue. Nous arrivons sur un bout de route et je découvre ce petit bas-côté qui a été construit pour servir de parking. Contrairement à nos attentes, il est vide. Nous sommes donc les premiers sur site.

 

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Le matériel est descendu, et mes amis me font découvrir le site, la mise à l’eau dans le Célé et l’arbre d’où part la ligne. C'est franchement sauvage et rien ne laisse pressentir ce que je vais découvrir dans une petite heure. Le Célé est sombre mais il n’y a pratiquement pas de courant.

 

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 Pendant que l’on se prépare, une équipe de plongeurs néerlandais ou suédois arrive. Nous continuons à nous préparer. On voit bien que c’est des DIR et je sens dans leurs regards un zeste de scepticisme. On doit leur donner raison parce qu’une fois dans l’eau, Doumes se rend compte qu’il n’a pas son harnais de lest. Pendant qu’il sort le chercher moi je réussi à perdre une de mes palmes dans le Célé sous mes pieds. Ludo qui lui était prêt me la retrouve sans mal. Enfin, nous sommes prêts. O6262085 
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Nous avions convenu que nous progresserions tous les trois jusqu’à la bifurcation et qu’ensuite Doumes et moi pousserons jusqu’à la première cloche. Ludo, qui se sent fatigué et qui a de la route ensuite, fera demi-tour et rentrera tout seul comme un grand. Il décide de ne pas prendre la caméra mais se propose de me la donner. D’après lui la visibilité n’est sans doute pas terrible. Je ne prends pas la caméra car avant de me mettre à filmer ou à photographier, je veux d’abord un palmage et un trim qui n’aient rien à envier aux DIR. Nous remontons la rivière. Nous entamons notre descente. Je ne lâche pas le fil des yeux et soudain la visibilité s’améliore. Sous mes yeux, dans le lit de la rivière, une ouverture avec de l’eau limpide. Je regrette que la vidéo ne soit pas de sortie pour immortaliser ma première dans le Ressel. Je progresse dans une grande et large galerie. Cet univers minéral est de toute beauté. Plus j’avance, plus j’écarquille les yeux et plus je suis saisi par la majesté des lieux. Deux grands blocs ornent la galerie et on sent bien la puissance des flots qui ont dessiné la roche. Le décor est tout simplement somptueux. La progression se fait tranquille tout en regardant partout car les décors en valent franchement la peine.

La Phacochère Team est en action car même dans le Ressel, Ludo soulève du sédiment. Je suis surpris de voir mes compagnons s’écarter parfois beaucoup du fil au point de ne pas être en mesure d’y revenir et de n’avoir plus de contact visuel avec lui. Ceci dit, je sais qu’ils connaissent bien ce trou mais je ne suis pas sûr de me permettre ce type de liberté, ni même de le vouloir. Arrivés à la bifurcation, Ludo fait demi-tour comme prévu. Je poursuis avec Doumes jusqu’à la cloche. En remontant vers celle-ci, je vois apparaître dans le halo de mon phare un poisson. Suis-je narcosé ? Contrairement à Cabouy la veille, je n’ai pas vu la moindre trace de vie jusqu’ici ? Est-ce un poisson égaré qui a suivi un plongeur et qui maintenant ne trouve plus sa route ? Apparemment non, car bientôt un autre apparaît, puis un autre, et encore un autre et je découvre un petit banc. Une fois de plus mes compétences poussées en bio me forcent à vous dire : un poisson sans être en mesure d’en donner le nom.

J’ai l’impression que Doumes s’inquiète, il ne comprend sans doute pas pourquoi ai-je interrompu ma remontée. Je ne vais pas lui faire le coup du plongeur contemplatif et je le rejoins dans la cloche. Par sécurité, on garde les détendeurs dans la bouche des fois que l’air soit vicié. Après une minute à admirer la roche et l’argile, nous entamons la descente et prenons le chemin du retour. Je ne peux m’empêcher de comparer le Ressel avec les Cenotes du Yucatan, la délicatesse des formations géologiques mexicaines versus l’impression de puissance qui se dégage des roches françaises. J’en arrive à la conclusion suivante : « Dans les Cenotes, je plonge dans l’Histoire, un passé quasiment figé. Dans le Lot, je plonge dans l’Histoire contemporaine, je vis l’Histoire et je vois les paysages être sculptés. Je suis dans une Histoire dynamique et qui s’écrit en permanence. »

Nous croisons l’équipe DIR à quelques mètres de la sortie. La vision de la sortie me fait penser à Tautaz que je n’ai pas connu mais dont une des photos sur le Ressel est le logo de TAE (Tek Around Europe). Cette eau verte que l’on devine devant ne donne pas envie de sortir alors que nous sommes dans de la Cristalline. On fait notre stop de sécurité dans le Célé puis rejoignons la surface et le point de sortie où nous attend Ludo. Le petit père nous donne un coup de main et je peux enfin partager mes impressions. Je suis sous le charme et baba. Je comprends pourquoi certains traversent l’Europe pour plonger ici. A ma grande surprise, les autres sont moins emballés et pour eux la visibilité n’était pas tiptop. Ils me certifient avoir plongé le Ressel dans de la Volvic. Je n’ai qu’une envie, revenir bien sûr.

Les paramètres de la plongée donnent :
Profondeur = 17 mètres
Temps = 40 minutes.

 

Nous nous séparons après quelques échanges avec deux plongeurs qui se préparaient pour aller faire chacun une solo. Ludo prend la direction Paris. Doumes et moi retournons à Gramat pour regonfler nos blocs respectifs. Après une vaine tentative de trouver un restaurant pour casser la croute, nous nous séparons ventres vides. Qu’importe, il fait beau et chaud comme du reste tout le WE, je prends la direction de Padirac où je savourerai une bonne glace. Je visite ensuite le gouffre, c’est impressionnant mais un conseil prévoyez une petite laine ou un coupe-vent. J’ai bien envie de savoir où va cette eau et surtout si c’est plongeable.

D’humeur bucolique, je décide de couper à travers champs pour rejoindre Clermont Ferrand. Donc point d’autoroutes, je programme le chemin le plus court et j’accepte de passer par les routes non pavées. Je fais quelques belles rencontres avec des vaches rentrant des pâturages.

 

Vivement septembre pour un autre week-end de plongées avec la Phacochère Team. Sauf changement, il y a de fortes chances que notre prochaine vidéo vous fasse découvrir la Fontaine de Lussac et si on arrive à rentrer le Bouillant. D’ici là, j’essaierai de revenir dans le Lot et je retournerai trouver des sensations en mer, en profonde et au Trimix si possible.... 

 

 

Publié dans Cave

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Satyre 31/07/2011 14:18



Cave Diving in France, simply amazing!


http://www.protecblog.com/1058/cave-diving-in-france/